Série Flowlysis · Principes · Fiche N° P-07

LE COÛT DU RETARD

Chaque semaine où une offre attend sa mise en service a un prix, qui se chiffre. On arbitre le portefeuille sur ce prix rapporté à la durée, non sur l'urgence ni sur la charge des équipes.

Aussi appelécost of delay (CoD) ; règle de tri associée : WSJF ou CD3 S'applique àtout portefeuille où plusieurs offres attendent les mêmes équipes Se vérifie enune séance de comité, en demandant le prix d'une semaine de retard Outil qui l'appliquele tri du portefeuille d'offres par coût du retard, fiche O-57
flowlysis.
Ce que ça rapporte
Impact sur le TTM
Élevé
Impact sur la qualité (FTR)
Faible
Impact sur l'Opex / Capex
Moyen
Ce que ça exige
Ce que ça invalide dans la pratique actuelle
Élevé
Délai avant effet visible
Faible
Difficulté à tenir dans la durée
Élevé
Faible Moyen Élevé N/A (sans objet)
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Ce que dit le principeEt pourquoi c'est vrai

La règle

Chaque semaine de retard d'une offre ou d'une évolution a un prix : ce que ce retard fait perdre sur toute la vie de l'offre, en revenus non perçus ou en pertes non évitées. On arbitre sur ce prix rapporté à la durée, pas sur l'urgence déclarée ni sur la charge des équipes.

Pourquoi ça marche

Le mécanisme. Une chaîne de causes que le lecteur peut refaire dans sa tête.

Si le retard est chiffréchaque file d'attente devient un coût par semaine.
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Alorsun projet qui attend se voit coûter, comme un projet qui échoue.
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Doncon lance moins, et dans l'ordre du coût rapporté à la durée.
L'idée reçue que ça renverse

Écrite telle qu'on l'entend vraiment en comité : c'est une croyance raisonnable qui a cessé d'être vraie.

"Tout est prioritaire, donc on lance tout en même temps."

Où ça ne s'applique pas

Une échéance réglementaire à date fixe. Parmi les profils courants (pente, marche, fenêtre), la marche ne se trie pas par coût ÷ durée : rien avant la date, toute la sanction après. On la chiffre, puis on fixe la date de démarrage au plus tard, avec une marge à la mesure de l'incertitude sur la durée.

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Est-ce respecté chez vous ?Des tests qu'on fait en marchant

Cinq vérifications observables. Chacune dit où aller regarder, et à quoi on voit que ce n'est pas respecté.

Le plus rapideDemandez le prix d'une semaine de retard du projet n°1.

Un montant en euros, et les deux ou trois hypothèses qui le donnent.

La réponse parle d'enjeu stratégique, ou d'une date promise à la direction générale.

Regardez sur quoi le comité ordonne les projets.

Un chiffre par projet, en euros par semaine, rapporté à sa durée.

L'ordre suit l'ancienneté de la demande, ou le rang de celui qui la porte.

Comptez les projets en cours, face à ce que les équipes peuvent tenir.

Autant de projets ouverts que la ressource la plus chargée peut en tenir (fiche O-27).

Le double. Chacun avance un peu, et aucun ne sort.

Cherchez une décision de report chiffrée en euros.

Un compte rendu qui dit ce que le report coûte chaque semaine, et à qui.

Les reports s'actent en une ligne, sans montant.

Dans la duréeComparez les chiffres d'il y a un an au bénéfice constaté.

Des estimations revues, et corrigées quand elles étaient fausses.

Chaque porteur gonfle son chiffre, et personne ne le reprend.

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Les confusions courantesCe que le principe n'est pas

Quatre faux amis. Ce sont eux qui font croire qu'on applique le principe en faisant l'inverse.

Ce n'est pas l'urgence

Les deux disent qu'il faut aller vite.

L'urgence mesure la pression de celui qui demande. Le coût du retard mesure ce que l'attente fait perdre, en euros par semaine.

Ce n'est pas le retour sur investissement

Les deux comparent des projets en euros.

Le retour sur investissement dit si un projet vaut la peine. Le coût du retard, rapporté à la durée, dit lequel passe d'abord.

Ce n'est pas la date butoir

Les deux parlent du temps qui passe.

La date butoir est un profil parmi d'autres. Pour la plupart des offres, la perte commence dès cette semaine, sans échéance.

Ce n'est pas la valeur totale du projet

Le plus gros projet passe alors toujours devant.

La valeur totale se compte sur la vie du projet, le coût du retard est ce qu'en retire une semaine de décalage. Un gros projet à longue vie perd parfois peu par semaine.

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D'où ça vientPour que la fiche fasse autorité

OrigineD. Reinertsen chiffre dès 1983, chez McKinsey, le coût du retard d'un nouveau produit. Il en fait un outil de décision avec P. Smith en 1991, puis la base de son économie du flux en 2009.
Ce qui a changé depuisLe calcul a gagné les portefeuilles informatiques, souvent en notes relatives sans euros : elles ordonnent, mais ne disent pas ce que coûte une semaine d'attente ni ne se confrontent au bénéfice constaté.
Pour aller plus loinD. Reinertsen, The Principles of Product Development Flow, 2009
P. Smith et D. Reinertsen, Developing Products in Half the Time, 1991
Le mot justeDire ce que coûte une semaine d'attente, et non ce qui est prioritaire. Une priorité se décrète, un coût se vérifie.
Ce que ça change, concrètement Trois profils de coût, puis deux projets d'une même équipe passés dans les deux ordres.
TROIS PROFILS DE COÛT DU RETARD Ce qu'on perd selon la date de mise en service. € perdus semaines de retard Pente régulière Chaque semaine d'attente coûte la même somme. C'est le cas des deux projets de droite. On chiffre, puis on ordonne. € perdus échéance semaines de retard Marche à date butoir Rien avant l'échéance, une sanction entière après. Exemple : une obligation réglementaire. On chiffre, puis on fixe le départ. € perdus saison close semaines de retard Fenêtre qui se ferme Chaque semaine de retard ampute la saison ; passé une date, toute la saison est perdue. Un prêt étudiant lancé en octobre attend la rentrée suivante. DEUX PROJETS, UNE SEULE ÉQUIPE Banque de détail, équipe des parcours en ligne. PROJET COÛT / SEM. DURÉE RAPPORT A · Crédit en ligne 30 k€ 12 sem. 2,5 200 crédits × 150 € de marge B · Relevés de compte 15 k€ 3 sem. 5 1 500 appels de clients × 10 € Rapport = coût par semaine ÷ durée. Le plus haut passe d'abord. A PUIS B · L'ORDRE DU COMITÉ A · crédit en ligne B sem. 0 sem. 12 sem. 15 A livré sem. 12 · 12 × 30 k€ = 360 k€ B livré sem. 15 · 15 × 15 k€ = 225 k€ Coût du retard cumulé 585 k€ B PUIS A · L'ORDRE DU CALCUL B A · crédit en ligne sem. 0 sem. 3 sem. 15 B livré sem. 3 · 3 × 15 k€ = 45 k€ A livré sem. 15 · 15 × 30 k€ = 450 k€ Coût du retard cumulé 495 k€ 90 k€ d'écart, à équipe et date de fin égales. Relevés : 12 semaines plus tôt, 180 k€ gagnés. Crédit : 3 semaines plus tard, 90 k€ perdus.
Quand le principe est tenu

En comitéchaque projet arrive avec son coût par semaine.

L'ordrece coût divisé par la durée.

Les projets ouvertsce que les équipes tiennent. Les autres attendent sans être commencés.

Ce qu'on regardeles euros perdus chaque semaine en file d'attente.

Quand il ne l'est pas

En comitéchaque direction plaide son urgence.

L'ordrecelui qui parle le plus fort, ou qui attend depuis le plus longtemps.

Les projets ouvertstous, pour que chacun voie le sien avancer.

Ce qu'on regardele taux d'occupation des équipes.

Ce qu'il faut accepter de perdreLe prix du principe, dit franchement

Ce qu'on abandonneLe confort de dire que tout est prioritaire. Chiffrer oblige à écrire qu'un projet vaut moins qu'un autre, et à le dire à celui qui le porte.
L'indicateur qui va se dégraderLe nombre de projets en cours, que chaque direction lit comme la preuve qu'on s'occupe d'elle. Il baisse, et certaines attendront sans que rien ne commence.
Ce qui casse si on l'applique à moitiéChiffrer sans limiter l'en-cours. Le tri est fait, tout est lancé quand même, et chaque projet attend dans les équipes au lieu d'attendre devant.
La phrase à retenirUn projet qui attend ne coûte rien au budget. Il prive chaque semaine le compte de résultat de ce qu'il aurait rapporté.