Série Flowlysis · Principes · Fiche N° P-01

LA RÉSERVE DE CAPACITÉ

Une équipe remplie à ras bord traite un peu plus de dossiers, mais les fait attendre bien plus longtemps : de 80 % à 95 % d'occupation, moins d'un cinquième de volume en plus, une attente presque cinq fois plus longue. Il faut garder de la place libre, et la garder exprès.

Proche decapacity buffer, slack (DeMarco) ; repose sur l'effet de file d'attente S'applique àtout service où le travail arrive sans qu'on choisisse quand Se vérifie enune demi-journée, ou un export de dates Outils qui l'appliquentle lissage de la charge, fiche O-03, et le dimensionnement sur un centile, fiche O-34
flowlysis.
Ce que ça rapporte
Impact sur le TTM
Élevé
Impact sur la qualité (FTR)
Moyen
Impact sur l'Opex / Capex
Moyen
Ce que ça exige
Ce que ça invalide dans la pratique actuelle
Élevé
Délai avant effet visible
Faible
Difficulté à tenir dans la durée
Élevé
Faible Moyen Élevé N/A (sans objet)
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Ce que dit le principeEt pourquoi c'est vrai

La règle

Au-delà d'un certain taux d'occupation, chaque point de charge en plus allonge l'attente beaucoup plus qu'il n'augmente la production. Une part de la capacité doit donc rester libre, écrite dans le plan et défendue.

Pourquoi ça marche

Le mécanisme. Une chaîne de causes que le lecteur peut refaire dans sa tête.

Si on remplit à 95 %il ne reste presque rien pour absorber une variation.
▶
Alorsle moindre écart crée une file qui met des semaines à se résorber.
▶
Doncle délai grimpe alors que le volume traité n'a pas bougé.
L'idée reçue que ça renverse

Écrite telle qu'on l'entend vraiment en comité : c'est une croyance raisonnable qui a cessé d'être vraie.

"Une équipe occupée à 95 % est une équipe bien gérée. À 75 %, on paie des gens à ne rien faire."

Où ça s'applique moins

Quand vous choisissez le moment où le travail entre et que chaque traitement dure presque le même temps. Dès que les durées varient, même une chaîne réglée a besoin d'une réserve.

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Est-ce respecté chez vous ?Des tests qu'on fait en marchant

Cinq vérifications observables. Chacune dit où aller regarder, et à quoi on voit que ce n'est pas respecté. Sans enquête ni questionnaire.

Le plus rapideDemandez le taux d'occupation visé pour l'équipe.

Une cible nettement sous 100 %, déduite du délai visé, des aléas et de l'effectif.

On répond 100 %, ou personne ne sait qu'une cible existe.

Regardez le délai moyen d'un dossier, mois par mois, sur un an.

Une courbe à peu près plate.

Le délai double certains mois sans que le volume double.

Comptez les dossiers en cours chaque lundi matin, six semaines de suite.

Le nombre revient au même niveau.

Il monte après chaque pic, et l'équipe le trouve normal.

Demandez ce qui s'est passé lors de la dernière absence d'une semaine.

Un retour à la normale en quelques jours.

Le retard pris à ce moment-là n'a jamais été rattrapé.

Dans la duréeOuvrez un plan de charge de projet.

Des heures non affectées, visibles et nommées.

Chaque personne est affectée à 100 %, parfois davantage.

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Les confusions courantesCe que le principe n'est pas

Quatre faux amis. Ce sont eux qui font croire qu'on applique le principe en faisant l'inverse.

Ce n'est pas du temps libre

Dans les deux cas, quelqu'un n'est pas occupé à un dossier.

La réserve est dimensionnée et défendue ; le temps libre est ce qui reste quand personne n'a rien demandé.

Ce n'est pas de la sous-charge

Les deux se lisent pareil sur un tableau d'occupation.

La sous-charge est subie et porte sur le volume ; la réserve est choisie et porte sur la variation.

Ce n'est pas une marge par personne

Chacun se garde un peu d'air, donc on croit que c'est déjà fait.

Des marges cachées ne se mutualisent pas : chacune est consommée sur place et allonge son étape. Une réserve commune, sur une file commune où chacun peut relayer l'autre, protège autant avec moins.

Ce n'est pas un problème de productivité

Le symptôme est le même : les dossiers sortent trop lentement.

Personne ne travaille moins vite. C'est l'attente entre les mains qui s'allonge.

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D'où ça vientPour que la fiche fasse autorité

OrigineLa relation entre taux d'occupation et attente vient de la théorie des files d'attente, née avec A. K. Erlang au réseau téléphonique danois, à partir de 1909.
Ce qui a changé depuisComme au téléphone, la capacité ne se stocke pas. Le bureau ajoute une file invisible, des dossiers aux durées très inégales, et un pilotage par l'occupation plutôt que par l'attente.
Pour aller plus loinJ. F. C. Kingman, The single server queue in heavy traffic, 1961
W. Hopp & M. Spearman, Factory Physics, le chapitre sur la variabilité
D. Reinertsen, The Principles of Product Development Flow, 2009
Le mot justeDire réserve de capacité, et non marge : une marge se coupe au premier arbitrage budgétaire.
Ce que ça change, concrètement La forme de la courbe vaut pour tout service qui reçoit sans choisir quand.
zone où le délai s'emballe TEMPS D'ATTENTE TAUX D'OCCUPATION DE L'ÉQUIPE × 4× 9× 19 50 %70 %80 % 90 %95 % CE QUE COÛTE CHAQUE POINT DE CHARGE À 80 %, un dossier attend 4 fois son traitement. À 90 %, il attend 9 fois. À 95 %, 19 fois, à volume presque identique. Une personne seule, arrivées et durées au hasard. En équipe, moins haut, mais même forme. arrivées et durées au hasard variance doublée, arrivées et durées à charge égale, l'attente double.
Quand le principe est tenu

Un pic d'activitéabsorbé en quelques jours, le délai bouge peu.

Une absence d'une semainerattrapée sans plan de rattrapage.

Ce qu'on regardele délai de bout en bout et la file qui attend.

Quand il ne l'est pas

Un pic d'activitéla file monte et met des semaines à redescendre.

Une absence d'une semainele retard est encore là trois mois après.

Ce qu'on regardele taux d'occupation, qui reste excellent.

Ce qu'il faut accepter de perdreLe prix du principe, dit franchement

Ce qu'on abandonneLe taux d'occupation comme preuve de bonne gestion. Il faut accepter de voir des gens disponibles et de ne pas les charger.
L'indicateur qui va se dégraderLe taux d'occupation planifié, de 95 % vers 80 % environ. Il baisse dans le plan dès le premier jour ; le délai ne suit qu'à mesure que la file accumulée se résorbe, souvent en plusieurs semaines. C'est là qu'on renonce d'habitude.
Ce qui casse si on l'applique à moitiéUne réserve qui n'est pas écrite est consommée en quelques semaines. Non nommée, non planifiée, non défendue, elle n'existe pas.
La phrase à retenirUne équipe pleine ne va pas plus vite. Elle fait attendre plus longtemps.