Série Flowlysis · Outils & principes · Fiche N° O-69

LES PREMIÈRES HEURES D'UN INCIDENT

Un tableau d'une page donne à chaque décision de crise un titulaire et un suppléant. Il s'écrit et s'exerce à froid, pour qu'au premier appel personne ne cherche qui décide pendant que le délai de notification court.

Aussi appelétableau de crise, exercice sur table, tabletop exercise Principe qu'il appliquefiche P-14 Se prépare endeux réunions de 2 h Se fait en2 à 3 h d'exercice sur table Levier principalCoût du retard
flowlysis.
Ce que ça rapporte
Impact sur le TTM
Faible
Impact sur la qualité (FTR)
Moyen
Impact sur l'Opex / Capex
Élevé
Ce que ça coûte
Coût d'implémentation
Faible
Difficulté d'implémentation
Faible
Difficulté de maintien
Moyen
Faible Moyen Élevé N/A (sans objet)
1

Le problème auquel ça s'appliqueEt ce qu'il vous coûte chaque année

Ce que vous voyez déjà
  • « Si on se fait chiffrer demain, qui appelle qui ? » Trois réponses.
  • Le plan de crise dort sur le serveur qui tomberait le premier.
  • Le dernier exercice date de l'audit. Seule l'informatique y était.
Où part l'argent

Tant que personne n'ose isoler, le chiffrement gagne d'autres serveurs. Le délai de l'alerte précoce court dès que l'entité a eu connaissance de l'incident important (NIS2, art. 23.4). Ce moment suit une première évaluation qui le rend raisonnablement certain, pas la fin de l'analyse.

L'ordre de grandeur, à la louche

Comptez-le avec votre CISO. Un ordre de grandeur suffit pour décider d'essayer.

Combien de fois / analertes qui exigent d'isoler un service
×
Ce que ça coûte à chaque foisserveurs touchés × heures de restauration
×
Part qu'on évitepart des serveurs épargnés en isolant plus tôt
=
Dépense évitée / anà écrire après un exercice
Quand ça ne sert à rien

Pour l'incident courant, un poste infecté par exemple : l'équipe de sécurité de garde le traite selon sa procédure. Le tableau sert quand la décision la dépasse.

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Comment ça marcheLa mécanique, en clair

L'idée en une phrase

Chaque décision des premières heures porte un nom écrit à froid. Deux chantiers partent ensemble : contenir, et préparer la notification.

Les gestes, dans l'ordre
  1. Lister les décisions des premières heures, mode dégradé compris (fiche O-70).
  2. Nommer titulaire et suppléant ; sans réponse en 15 min, le suppléant décide.
  3. Ouvrir les deux chantiers ensemble, un point court par heure (fiche O-61).
  4. Écrire le délai de chaque notification et son point de départ.
  5. Garder les contacts d'urgence sur papier, hors des systèmes.
  6. S'exercer sur table. L'ANSSI cite un rythme d'un exercice par an ou tous les deux ans.
Ce qu'il faut avoir sous la main

La qualification de l'entité, vérifiée par un juriste. Une entité financière soumise à DORA déclare ses incidents majeurs liés aux TIC selon DORA, et non selon NIS2 (DORA, art. 1.2 et 19). En Belgique : incident significatif au CCB, sur notif.safeonweb.be (guide v1.3, août 2025) ; données personnelles à l'APD ; DORA : à la BNB, ou à la FSMA pour les entités qu'elle seule contrôle.

Le signe que ça a marché

À l'exercice, le suppléant décide l'isolement sans chercher le titulaire.

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Les pièges de l'implémentationCe qui fait rater, et ce qu'on fait à la place

Au lancementUn plan que personne n'ouvre

Quarante pages écrites pour l'audit. Le soir de l'incident, personne ne les cherche.

Une page, une ligne par décision, un seul titulaire par ligne (fiche O-30).

Au lancementLes contacts dans la messagerie

L'annuaire est chiffré avec le reste. On cherche le numéro du prestataire sur son site.

Une liste papier chez chaque titulaire, et les numéros dans les téléphones personnels.

PendantUn exercice réservé à l'informatique

L'équipe répète la restauration. Personne n'a décidé d'informer les clients.

Les titulaires métier autour de la table, et chaque écart traité en A3 (fiche O-10).

PendantCompter le délai depuis la fin de l'analyse

On attend d'avoir tout compris pour notifier. Le délai, lui, court dès qu'une première évaluation rend l'incident important raisonnablement certain.

Noter l'heure de la découverte et de la première évaluation, et préparer l'alerte.

Dans la duréeUn tableau qui vieillit

Le suppléant est parti il y a six mois. Son numéro sonne dans le vide.

Revoir le tableau à chaque départ d'un titulaire et à chaque exercice.

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ExempleCas type du tertiaire, du constat au résultat

La situation de départ
L'objet

Un prestataire de services informatiques gérés de 160 personnes, qualifié d'entité importante NIS2 par son juriste (hypothèse du cas).

Ce qui cloche

Un vendredi à 19 h 40, un technicien voit des fichiers chiffrés. Personne ne sait qui peut couper l'outil qui relie l'entreprise à ses 140 clients.

Ce qu'ils regardaient avant

Le taux de réussite des sauvegardes, à 99 % chaque mois. Il ne disait pas qui déciderait de couper.

Les chiffres de départ, le jour de l'incident
4 h 50entre la découverte et l'isolement 39serveurs chiffrés à l'isolement 5 hde restauration par serveur 21 h 20entre la découverte et l'alerte précoce
Ce qu'ils ont fait Un tableau d'une page, puis le même vendredi soir rejoué sur table avec les vrais titulaires.
Le déclencheurL'isolement décidé à 0 h 30, après cinq appels sans réponse.
▶
Le gesteSept décisions, chacune avec un titulaire et un suppléant, sur une page imprimée.
▶
Ce qu'ils ont vuRejoué sur table : isolement à 20 h 25, alerte précoce prête à 23 h 10.
▶
La décisionUn exercice par an, avec un scénario nouveau chaque fois.
Ce que ça a donné
4 h 50 → 45 min

Le délai avant l'isolement : de 19 h 40 à 0 h 30 le jour de l'incident, de 19 h 40 à 20 h 25 au rejeu.

39 → 6 serveurs

À rythme constant : 39 en 4,83 h, soit 8 par heure ; au rejeu, 0,75 h × 8 = 6. Soit 33 × 5 h = 165 h de restauration évitables.

2 h 40 → 20 h 30

La marge sur l'alerte précoce de 24 h (hypothèse prudente : délai compté dès 19 h 40) : 24 h − 21 h 20, puis 24 h − 3 h 30. Au rejeu, la notification s'ouvre à 20 h 05, avec la crise.

43 h

Ce que ça a coûté : deux réunions de 2 h à quatre (16 h), un exercice de 3 h à neuf (27 h).

Refaites-le avec votre scénario : un vendredi soir, vos vrais titulaires, l'heure de chaque décision notée. Posez l'écart à 24 h sous le tableau.

1 · LE TABLEAU, UNE LIGNE PAR DÉCISION DÉCISION TITULAIRE / SUPPLÉANT CE QU'IL LUI FAUT Déclarer la crise COO / directeur général ce qu'on voit, et où ça s'étend Isoler ou arrêter un service CISO / astreinte infra ce que l'arrêt coupe, et chez qui Passer en mode dégradé COO / chef de service la procédure manuelle (fiche O-70) Informer clients et personnel COO / communication ce qu'on sait, ce qu'on ignore Notifier l'autorité juriste / COO l'heure de la prise de connaissance, l'impact Notifier une violation de données juriste / COO avec le délégué RGPD, les données touchées Appeler la réponse à incident CISO / responsable infra le contrat, l'assureur, le n° d'astreinte Contenir titulaire : le CISO ; isoler sans effacer de preuve Préparer la notification titulaire : le juriste, en même temps L'HORLOGE NIS2 PART DE LA CONNAISSANCE (ART. 23.4) 0 dans les 24 h dans les 72 h un mois après la notification connaissance alerte précoce notification d'incident rapport final RGPD, art. 33 : violation de données personnelles, dans les meilleurs délais et si possible 72 h au plus tard après en avoir pris connaissance, sauf si elle n'est pas susceptible d'engendrer un risque. 2 · LE CAS : VENDREDI, 19 H 40 19 h 40 21 h 40 23 h 40 1 h 40 sans tableau l'incident on cherche qui peut couper 0 h 30 39 serveurs chiffrés · alerte précoce : samedi 17 h avec tableau le rejeu 20 h 25 · isolement notification préparée 23 h 10 6 serveurs à rythme constant · deux chantiers ensemble MARGE SUR L'ALERTE PRÉCOCE DE 24 H sans 21 h 20 écoulées marge 2 h 40 avec 3 h 30 écoulées · marge 20 h 30 0 24 h Même scénario, mêmes personnes, un tableau de plus. Hypothèse prudente : délai compté dès la découverte.

À gauche le tableau, les deux chantiers et l'horloge NIS2. À droite les six premières heures du cas, le jour de l'incident puis au rejeu, et la marge restante sur l'alerte précoce.