Série Flowlysis · Outils & principes · Fiche N° O-43

LA CARTOGRAPHIE DES HYPOTHÈSES RISQUÉES

Une offre repose sur des hypothèses que personne n'a vérifiées. On les place selon leur poids et les preuves disponibles, puis on teste d'abord celles qui feraient tomber l'offre.

Aussi appeléassumption mapping, carte des hypothèses Principe qu'il appliqueapprendre avant d'engager, fiche P-08 Se prépare en2 h, pour écrire les hypothèses en équipe Se fait enune demi-journée, puis 2 à 6 semaines de tests Levier principalCoût D'aprèsD. Bland et A. Osterwalder, Testing Business Ideas, 2019 · J. Gothelf et J. Seiden, Lean UX, 2013
flowlysis.
Ce que ça rapporte
Impact sur le TTM
Moyen
Impact sur la qualité (FTR)
Moyen
Impact sur l'Opex / Capex
Élevé
Ce que ça coûte
Coût d'implémentation
Faible
Difficulté d'implémentation
Faible
Difficulté de maintien
Moyen
Faible Moyen Élevé N/A (sans objet)
1

Le problème auquel ça s'appliqueEt ce qu'il vous coûte chaque année

Ce que vous voyez déjà
  • Le dossier d'investissement fait quarante pages. Aucune ne dit ce qui ferait abandonner.
  • Les études portent sur ce qu'on sait déjà. Ce qui inquiète n'est jamais testé.
  • L'offre échoue sur un point que tout le monde tenait pour acquis.
Où part l'argent

Dans le budget engagé sur une hypothèse fausse. Plus elle se découvre tard, plus il y a de développement, de formation et de communication à défaire.

L'ordre de grandeur, à la louche

Comptez-le sur vos chiffres. Un ordre de grandeur suffit pour décider d'essayer.

Combien de fois / anoffres ou évolutions lancées dans l'année
×
Ce que ça coûte à chaque foisbudget engagé avant le premier client
×
Part qu'on éviteoffres tombées sur une hypothèse jamais testée
=
Dépense évitée / anà écrire au crayon, avant le prochain arbitrage
Quand ça ne sert à rien

Pour un réglage mineur d'une offre qui tourne : on l'essaie directement (fiche P-06).

2

Comment ça marcheLa mécanique, en clair

L'idée en une phrase

On ne teste pas ce qui est facile à tester. On teste ce qui fait tomber l'offre s'il est faux, et qui n'a encore aucune preuve.

Les gestes, dans l'ordre
  1. Écrire chaque hypothèse sous la forme « Nous croyons que… », une par carte.
  2. Les classer en trois familles : le client le veut, on sait le faire, ça rapporte. Dans « on sait le faire », isoler ce qu'il faut pour délivrer au volume réel (partenaires, arrière-guichet).
  3. Placer chaque carte sur deux axes : son importance (si elle est fausse, l'offre tombe) et les preuves déjà disponibles.
  4. Retenir les trois du coin « importante et sans preuve ».
  5. Pour chacune, écrire avant de commencer : le test le moins cher possible, le seuil qui ferait abandonner.
  6. Refaire la carte après chaque test, puis continuer, changer ou arrêter (fiche P-06).
Ce qu'il faut avoir sous la main

Toute l'équipe de l'offre, arrière-guichet et informatique compris, pendant deux heures. Les preuves qui existent déjà : chiffres, études, essais passés.

Le signe que ça a marché

Le premier test porte sur l'hypothèse qui gêne l'équipe, pas sur celle qui la rassure.

3

Les pièges de l'implémentationCe qui fait rater, et ce qu'on fait à la place

Au lancementÉcrire des constats, pas des hypothèses

« Les indépendants manquent de prévoyance » est vrai, et ne dit rien de l'offre.

Écrire ce qui doit être vrai pour que l'offre marche : qui fait quoi, à quel prix.

Au lancementOublier ce qu'il faut pour délivrer

On liste les attentes du client et le prix. Les partenaires et l'arrière-guichet restent des évidences.

Au moins une carte par famille, et plusieurs pour délivrer, arrière-guichet compris.

PendantTester ce qui est facile

On interroge les clients, parce qu'on sait le faire. L'hypothèse du partenaire reste sans preuve.

Tester d'abord le coin « importante et sans preuve », même si c'est inconfortable.

PendantFixer le seuil après le résultat

Trois accords sur quarante deviennent « un début encourageant ».

Écrire le seuil d'abandon avant le test, et le faire signer par celui qui décide.

Dans la duréeLa carte faite une fois

Chaque test déplace des cartes. Une carte figée sert à justifier le budget au lieu de le guider.

La refaire après chaque test, en séance courte, avec les mêmes personnes.

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Un exempleCas type du tertiaire

L'objet

Une offre de prévoyance pour indépendants, portée par une mutuelle et distribuée par les experts-comptables.

Ce qui cloche

Le budget est prêt à être voté. Aucun comptable n'a été interrogé sur son rôle.

Ce qu'ils regardaient avant

L'étude de marché : 62 % des indépendants se disent mal couverts. Elle ne parlait pas des comptables.

Les chiffres de départ

À relever avant d'écrire les hypothèses.

800 k€de budget prévu avant le premier contrat 1 200cabinets à approcher, 30 % supposés d'accord 7contrats par an et par cabinet partenaire 14 000indépendants déjà adhérents en santé
Ce qu'ils ont fait Huit hypothèses sur une carte, un test de six semaines, et un changement de canal avant tout engagement.
Le déclencheur800 k€ présentés au comité, sur un plan qui repose sur les comptables.
▶
Le gesteHuit hypothèses écrites en deux heures et placées sur la carte. Trois dans le coin.
▶
Ce qu'ils ont vuSur 40 cabinets sollicités, 3 acceptent de recommander l'offre. Seuil : 10.
▶
La décisionL'offre change de canal. Le budget propre aux cabinets est gelé.
1 · LA CARTE, AVANT LE PREMIER TEST IMPORTANTE, SANS PREUVE : À TESTER IMPORTANTE, DÉJÀ ÉTAYÉE SECONDAIRE, SANS PREUVE SECONDAIRE, ÉTAYÉE importance, si elle est fausse F · Les comptables la recommandent F · Les arrêts tiennent au volume C · Ils paient 80 € par mois C · Ils se savent mal couverts R · Sinistres sous 70 % des primes F · Dossiers reçus complets F · Souscription en ligne F · Le système de gestion l'accepte aucune preuve PREUVES DÉJÀ DISPONIBLES preuves solides C le client le veut · F on sait le faire, délivrer au volume réel compris · R ça rapporte La carte pleine couleur n'avait aucune preuve, et portait tout le plan de distribution. 2 · LE TEST DE L'HYPOTHÈSE DÉCISIVE NOUS CROYONS QUE… les experts-comptables accepteront de recommander l'offre à leurs clients indépendants. LE TEST, ÉCRIT AVANT 40 cabinets sollicités, six semaines, 15 k€. Abandon du canal sous 10 accords sur 40. 3 accords seuil : 10 37 refus Motif le plus cité : recommander un contrat les ferait intermédiaires d'assurance, responsabilité comprise. LA DÉCISION Nouveau canal : les 14 000 indépendants déjà adhérents. Les 480 k€ propres aux cabinets ne sont pas engagés. Le test a coûté 15 k€, sur un budget de 800 k€.

À gauche la carte des huit hypothèses, par famille. À droite le test de celle qui portait le plan, avec son seuil écrit avant.

Ce que ça vautUne fourchette, et d'où elle sort

L'offre reste la même. Ce qui change est le canal, trouvé avant d'avoir construit le mauvais.

Ce qui n'a pas été engagé 480 000 €
portail partenaires, formation et animation des cabinets, soit 60 % des 800 k€
Ce que le test a coûté 15 000 € et six semaines un commercial et un chef de produit, 40 cabinets rencontrés
Les contrats attendus de ce canal 2 520 → 420 à 840 par an 1 200 cabinets × 5 à 10 % d'accords au lieu de 30 %, × 7 contrats. Mesuré : 3 sur 40
Le ratio qui change 1 € de test pour 32 € évités 15 k€ dépensés pour ne pas engager 480 k€

L'hypothèse décisive tenait sur une carte. Personne ne l'avait jamais posée à un comptable.