Série Flowlysis · Outils & principes · Fiche N° O-36

LA CAPACITÉ QUI NE SE STOCKE PAS

Une heure de capacité inoccupée est perdue pour toujours, et la demande, elle, continue d'arriver. Le creux et la pointe ne se compensent jamais. On ne peut pas stocker la capacité ; on peut stocker le travail, et c'est le levier le moins utilisé du tertiaire.

Aussi appelépérissabilité de la capacité, séparation front et back, lissage de la charge Se prépare en1 semaine de relevé, acte par acte, devant le demandeur Se fait en2 jours de reclassement des actes, puis 6 à 10 semaines de bascule Levier principalCoût D'aprèsJ. Bicheno, The Lean Toolbox for Service Systems, 2008 Voir aussifiche O-45
flowlysis.
Ce que ça rapporte
Impact sur le TTM
Élevé
Impact sur la qualité (FTR)
Moyen
Impact sur l'Opex / Capex
Élevé
Ce que ça coûte
Coût d'implémentation
Moyen
Difficulté d'implémentation
Moyen
Difficulté de maintien
Moyen
Faible Moyen Élevé N/A (sans objet)
1

Le problème auquel ça s'appliqueEt ce qu'il vous coûte chaque année

Ce que vous voyez déjà
  • Deux heures d'attente le matin, et des agents inoccupés en début d'après-midi.
  • Le taux d'occupation moyen est correct, et le service est mauvais aux heures qui comptent.
  • Le travail de fond se fait en heures supplémentaires, faute de place dans la journée.
Où part l'argent

Le creux et la pointe ne se compensent pas. On paie deux fois : la capacité inoccupée du creux, et le report ou les heures supplémentaires que la pointe entraîne.

L'ordre de grandeur, à la louche

Comptez-le sur vos chiffres. Un ordre de grandeur suffit pour décider d'essayer.

Combien de fois / anheures supplémentaires et reports dans l'année
×
Ce que ça coûte à chaque foiscoût horaire majoré, et attente imposée au demandeur
×
Part qu'on évitepart des heures supplémentaires que les creux absorbent, guichet allégé
=
Gain / anà écrire au crayon,
avant de demander un poste
Quand ça ne sert à rien

Quand tout l'acte exige la présence du demandeur, du début à la fin.

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Comment ça marcheLa mécanique, en clair

L'idée en une phrase

On pose à chaque acte une seule question : le demandeur doit-il être là pendant qu'on le fait ? Tout ce qui répond non sort de la pointe et devient une file, qui se lisse.

Les gestes, dans l'ordre
  1. Relever, pendant une semaine, ce qui se fait devant le demandeur, acte par acte, avec sa durée.
  2. Marquer chaque acte selon qu'il exige ou non sa présence. La réponse se tranche à l'observation.
  3. Sortir du guichet tout ce qui n'exige pas la présence, et l'installer en file.
  4. Dimensionner le guichet sur la seule part restante, à la pointe.
  5. Donner à la file son propre délai annoncé, et sa propre marge.
  6. Agir ensuite sur l'arrivée, et seulement en dernier sur l'élasticité de la capacité.
Ce qu'il faut avoir sous la main

Une semaine d'observation au guichet, et le droit de dire au demandeur que sa demande sera traitée plus tard.

Le signe que ça a marché

Le demandeur passe environ cinq minutes au guichet et repart avec une date, au lieu d'attendre deux heures pour repartir avec le document.

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Les pièges de l'implémentationCe qui fait rater, et ce qu'on fait à la place

Au lancementJuger l'occupation sur la moyenne de la journée

Une moyenne correcte cache deux heures de file et deux heures de vide, qui ne se compensent pas.

Relever par tranche horaire, et regarder la pointe et le creux séparément.

Au lancementDemander aux agents ce qui exige la présence

L'habitude répond à leur place, et presque tout paraît devoir se faire devant le demandeur.

Trancher à l'observation, acte par acte, en regardant ce que le demandeur fait pendant ce temps.

PendantEnvoyer le travail en file sans lui donner de délai

Le demandeur rappelle pour savoir où il en est, et la demande d'échec remplace l'attente.

Une date annoncée à la sortie du guichet, et tenue (fiche O-26).

PendantRemplir les creux jusqu'au dernier quart d'heure

La file explose bien avant cent pour cent d'occupation, et la pointe redevient ingérable.

Laisser au guichet la marge que la pointe exige, et au back la sienne (fiche P-01).

Dans la duréeCommencer par l'élasticité de la capacité

C'est souvent le plus long à négocier ; il masque le fait que le travail n'a pas été trié.

Déplacer le travail d'abord, la demande ensuite, la capacité en dernier.

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Un exempleCas type du tertiaire

L'objet

L'accueil d'un service de gestion administrative, 9 agents, 43 000 contacts par an.

Ce qui cloche

Deux heures d'attente aux pointes, des agents inoccupés au creux, et le travail de fond fait le samedi.

Ce qu'ils regardaient avant

Le taux d'occupation moyen des agents. Il était à 58 %, et personne ne comprenait la file.

Les chiffres de départ

À relever sur une semaine d'observation.

11 minpar contact en moyenne, 7 883 h de contact par an 62 %de ce temps n'exige pas la présence du demandeur 2 340 hd'heures supplémentaires par an pour le travail de fond 44 €l'heure, coût complet, 55 € en heure majorée
Ce qu'ils ont fait Une semaine d'observation, chaque acte marqué, et tout ce qui n'exigeait pas la présence sorti du guichet.
Le déclencheurUne demande de deux postes d'accueil, appuyée sur deux heures d'attente aux pointes.
▶
Le gesteUne semaine passée derrière le guichet, à noter ce que le demandeur fait pendant chaque acte.
▶
Ce qu'ils ont vuLe demandeur regardait l'agent saisir, vérifier et éditer : 62 % du temps sans rien faire d'autre qu'attendre.
▶
La décisionLe guichet ramené aux 4,2 min qui exigent la présence, et le reste traité en file avec une date annoncée.
1 · L'ASYMÉTRIE : LE CREUX EST PERDU, LA POINTE DEVIENT UNE FILE capacité inoccupée : perdue, définitivement demande non servie : devient une file, et une réclamation 8h 9h 10h 11h 12h 13h 14h 15h 16h capacité installée Les deux aires ne se compensent pas. L'heure perdue le midi ne sert pas à dix heures. Ce qu'on ne peut pas stocker, et ce qu'on peut stocker LA CAPACITÉ Ne se stocke pas. Une heure non utilisée ne se retrouve nulle part. LE TRAVAIL Se stocke, lui, dès qu'il n'exige pas la présence du demandeur. C'est tout le levier : déplacer du travail vers ce qui se stocke, pour cesser de dimensionner sur la pointe. Sur le cas type, 62 % du temps passé devant le demandeur n'exigeait pas sa présence. 2 · TROIS LEVIERS, DANS CET ORDRE 1 Déplacer le travail Séparer ce qui exige la présence du demandeur de ce qui peut attendre. Le second devient une file, et une file se lisse. Coût faible, effet en quelques semaines. 2 Déplacer la demande Rendez-vous, créneaux, affichage du temps d'attente, tarif différencié. On agit sur l'arrivée, pas sur la capacité. Coût faible, effet partiel. 3 Rendre la capacité élastique Polyvalence, renfort, horaires décalés, temps partiel choisi. Souvent le plus long à négocier, et inutile tant que le travail n'est pas trié. La question qui tranche, acte par acte Le demandeur doit-il être là pendant que je fais ça ? Si la réponse est non, l'acte n'a rien à faire devant lui, et il ne dimensionne pas la pointe. Le piège symétrique : remplir les creux jusqu'au dernier quart d'heure. Une file d'attente explose bien avant cent pour cent d'occupation, et le back doit garder sa propre marge (fiche P-01).

À gauche l'asymétrie entre le creux perdu et la pointe en file, à droite les trois leviers et la question qui tranche.

Ce que ça vautUne fourchette, et d'où elle sort

Aucun poste n'a été ajouté, et rien n'a été fait plus vite. Le travail a changé de place dans la journée.

Ce qui est libéré 1 290 à 1 870 h / an
hypothèse : 55 à 80 % des 2 340 h supplémentaires annuelles, absorbées par les creux
En valeur 71 000 à 103 000 € / an heures supprimées × 55 € l'heure majorée
Ce que le demandeur récupère 2 h → 25 min d'attente à la pointe, pour un passage ramené de 11 à 4,2 minutes
Le ratio qui change 11 → 4,2 min de temps passé devant le demandeur, sur le même acte

Les deux postes demandés ne l'ont plus été. Le travail était au mauvais endroit de la journée.