Série Flowlysis · Outils & principes · Fiche N° O-28

LA DETTE DE PROCESSUS

Chaque incident se solde par l'ajout d'un contrôle ou d'une exception. Le contrôle reste, l'incident non. Au bout de quelques années, le processus est devenu impossible à apprendre, à tester et à automatiser. Cette dette ne figure dans aucun compte, et elle se mesure en quatre chiffres.

Aussi appelédette organisationnelle, sédimentation des règles, empilement des contrôles Se prépare en3 h, pour compter les règles, les exceptions et les contrôles ajoutés sur 24 mois Se fait en2 jours de revue par processus, puis une revue annuelle Levier principalCoût D'aprèsla dette technique (W. Cunningham, 1992), transposée aux processus Voir aussifiches O-49 et O-60
flowlysis.
Ce que ça rapporte
Impact sur le TTM
Moyen
Impact sur la qualité (FTR)
Moyen
Impact sur l'Opex / Capex
Élevé
Ce que ça coûte
Coût d'implémentation
Faible
Difficulté d'implémentation
Élevé
Difficulté de maintien
Élevé
Faible Moyen Élevé N/A (sans objet)
1

Le problème auquel ça s'appliqueEt ce qu'il vous coûte chaque année

Ce que vous voyez déjà
  • Un nouvel arrivant met aujourd'hui trois mois de plus qu'il y a quatre ans à devenir autonome.
  • Personne ne sait combien de règles s'appliquent à un dossier, et chacun en connaît d'autres.
  • Un projet d'automatisation s'arrête sur "il y a trop de cas particuliers".
Où part l'argent

Chaque règle a été ajoutée pour une bonne raison. Aucune n'a de date de fin. L'intérêt se paie en formation, en dossiers hors du chemin normal, et en automatisations qui échouent.

L'ordre de grandeur, à la louche

Comptez-le sur vos chiffres. Un ordre de grandeur suffit pour décider d'essayer.

Combien de fois / andossiers qui passent par au moins une exception
×
Ce que ça coûte à chaque foissurcoût de traitement d'un dossier en exception
×
Part qu'on évitepart des dossiers en exception ramenés au chemin normal
=
Gain / anà écrire au crayon,
avant d'ouvrir la procédure
Quand ça ne sert à rien

Quand les règles viennent d'un régulateur et sont tracées comme telles.

2

Comment ça marcheLa mécanique, en clair

L'idée en une phrase

On compte ce qui a été ajouté, on mesure sur un an l'emprunt des exceptions et les détections des contrôles, on retire les mortes sans enjeu grave, on fusionne les doublons, et on date le réexamen des survivantes.

Les gestes, dans l'ordre
  1. Compter les règles et exceptions de la procédure, et les contrôles ajoutés et retirés sur 24 mois.
  2. Sur douze mois, combien de dossiers a pris chaque exception, combien d'anomalies a détectées chaque contrôle.
  3. Retirer en séance celles à zéro, après avoir vérifié la gravité de l'événement couvert.
  4. Fusionner les doublons, corriger les déclencheurs qui envoient à tort en exception.
  5. Sur celles qui restent, écrire date de création, raison et date de réexamen.
  6. Mesurer le délai d'autonomie d'un nouvel arrivant avant et après.
Ce qu'il faut avoir sous la main

La procédure, l'historique des incidents sur deux ans, et l'emprunt de chaque exception et les détections de chaque contrôle.

Le signe que ça a marché

Une règle est retirée, et celui qui l'avait demandée est dans la salle.

3

Les pièges de l'implémentationCe qui fait rater, et ce qu'on fait à la place

Au lancementDemander aux auteurs quelles règles retirer

Chacun défend la sienne, parce qu'elle protège de l'incident qu'il a vécu.

Trier sur l'emprunt et les détections, puis peser la gravité de chaque règle à zéro.

Au lancementConfondre règle réglementaire et règle maison

Le doute suffit à tout conserver, et la revue s'arrête au bout d'une heure.

Marquer chaque règle du texte qui l'impose, ou de la date et du nom de qui l'a créée.

PendantRépondre à un incident par un contrôle

Un incident de variation courante n'a pas de cause propre. Le contrôle n'empêchera rien, et restera.

Séparer d'abord le bruit du signal avec une carte de contrôle (fiche O-18).

PendantRetirer la règle sans prévenir

Le premier incident suivant la fera revenir, doublée d'un contrôle supplémentaire.

Annoncer le retrait, sa raison, et ce qu'on regardera pendant trois mois pour le vérifier.

Dans la duréeNe pas dater les règles survivantes

Elle ne meurt jamais : personne n'a intérêt à être celui qui l'a retirée.

Date de création, raison, date de réexamen. Les trois sur la même ligne que la règle.

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Un exempleCas type du tertiaire

L'objet

Le traitement des souscriptions d'un assureur, 24 600 dossiers par an, 48 gestionnaires.

Ce qui cloche

Un projet d'automatisation s'est arrêté sur le constat qu'il y avait trop de cas particuliers.

Ce qu'ils regardaient avant

Le taux de conformité aux procédures. Il montait à mesure que les procédures s'allongeaient.

Les chiffres de départ

À relever avant d'ouvrir la procédure.

214règles actives, 62 pages de procédure 34 / 2contrôles ajoutés et retirés sur 24 mois 26 %des dossiers passent par au moins une exception 52 €l'heure, coût complet
Ce qu'ils ont fait L'emprunt des exceptions, les détections des contrôles, le retrait des règles mortes, la fusion des doublons.
Le déclencheurUn projet d'automatisation abandonné, avec pour seule conclusion qu'il y avait trop de cas particuliers.
▶
Le gesteSur douze mois, chaque exception rapprochée des dossiers qui l'ont empruntée, chaque contrôle des anomalies qu'il a détectées.
▶
Ce qu'ils ont vuQuatre-vingt-six règles n'avaient servi aucune fois. Onze, nées d'un même incident, envoyaient en exception des dossiers ordinaires.
▶
La décisionSoixante-dix-neuf retirées (sept gardées pour leur gravité), les onze fusionnées en quatre aux déclencheurs resserrés, réexamen daté partout.
1 · VINGT-QUATRE MOIS D'EMPRUNTS, DEUX REMBOURSEMENTS 0 10 20 30 il y a 24 mois il y a 12 mois aujourd'hui chaque point : un incident, suivi de l'ajout d'un contrôle ou d'une exception 34 ajoutés 2 retirés Le taux d'intérêt Chaque condition binaire ajoutée double, au pire, le nombre de chemins à vérifier. Le calcul est littéral, et c'est ce qui rend le processus intestable, puis inautomatisable. CE QUI REND LA DETTE INVISIBLE Ajouter un contrôle se décide en réunion. Le retirer demande d'assumer l'incident qu'il était censé empêcher. 2 · LES QUATRE COMPTEURS DE LA DETTE Règles actives dans la procédure 214 128 règles Dossiers passant par une exception 26 14 % Semaines avant qu'un arrivant soit autonome 14 8 semaines Pages de procédure à connaître 62 34 pages ■ avant la revue ■ après la revue : règles mortes retirées, doublons fusionnés LA RÈGLE QUI EMPÊCHE LA DETTE DE REVENIR Chaque règle porte sa date, sa raison, et la date où on la réexamine. Sans date de réexamen, une règle ne meurt jamais : personne n'a intérêt à être celui qui l'a retirée.

À gauche l'accumulation sur vingt-quatre mois et son taux d'intérêt, à droite les quatre compteurs, avant et après la revue.

Ce que ça vautUne fourchette, et d'où elle sort

Retirer les contrôles sans détection allège chaque dossier. Heures chiffrées : doublons et déclencheurs corrigés.

Ce qui est libéré 2 310 à 3 050 h / an
hypothèse : 35 à 46 % des 6 610 h de surcoût (6 396 dossiers × 62 min)
En valeur 120 000 à 159 000 € / an heures libérées × 52 € l'heure, coût complet
Ce que ça finance 6 semaines par recrutement autonomie ramenée de 14 à 8 semaines, sur 11 recrutements par an
Le ratio qui change 26 → 14 % de dossiers passant par au moins une exception

Le vrai gain : moins de cas particuliers, un chemin normal assez standard pour être automatisé (fiche O-25).