Série Flowlysis · Outils & principes · Fiche N° O-23

LA CONCEPTION À ENSEMBLES

On explore plusieurs pistes en parallèle pour chaque partie du produit, et on les élimine une à une. La spécification se fige au dernier moment utile, et ce qui est écarté est rangé, pas jeté.

Aussi appeléset-based concurrent engineering (SBCE), set-based design, ingénierie concourante à ensembles Se prépare enle découpage en sous-ensembles, et le budget d'exploration Se fait entoute la durée du projet, avec des points d'élimination fixés d'avance Levier principalROI D'aprèsJ. Bicheno, 2008, d'après J. Morgan et J. Liker, The Toyota Product Development System, 2006 Voir aussifiches P-08 et O-56
flowlysis.
Ce que ça rapporte
Impact sur le TTM
Moyen
Impact sur la qualité (FTR)
Moyen
Impact sur l'Opex / Capex
Élevé
Ce que ça coûte
Coût d'implémentation
Moyen
Difficulté d'implémentation
Élevé
Difficulté de maintien
Moyen
Faible Moyen Élevé N/A (sans objet)
1

Le problème auquel ça s'appliqueEt ce qu'il vous coûte chaque année

Ce que vous voyez déjà
  • La solution technique est arrêtée à la première réunion, et n'est plus jamais rediscutée.
  • Un abandon tardif emporte huit mois de travail, et personne ne sait ce qu'il en reste.
  • La même question de conception revient d'une version à l'autre, et se retranche à chaque fois.
Où part l'argent

Le coût d'un abandon dépend du moment où il tombe. Engagé tôt sur une seule piste, on paie tout le chemin. Engagé tard, on ne paie que l'exploration.

L'ordre de grandeur, à la louche

Comptez-le sur vos chiffres. Un ordre de grandeur suffit pour décider d'essayer.

Combien de fois / anjours-homme engagés en conception dans l'année
×
Ce que ça coûte à chaque foiscoût du jour-homme
×
Part qu'on évitepart des j-h perdus en abandons après engagement × part dont l'engagement pouvait attendre
=
Gain / anà écrire au crayon,
avant de changer la méthode
Quand ça ne sert à rien

Ça ne sert à rien quand la solution est imposée, ou quand l'exploration coûte presque aussi cher que la réalisation.

2

Comment ça marcheLa mécanique, en clair

L'idée en une phrase

Pour chaque partie du produit, on garde plusieurs pistes ouvertes et on les élimine progressivement sur des critères convenus. On s'engage quand il ne reste qu'une piste debout.

Les gestes, dans l'ordre
  1. Découper le produit en sous-ensembles, explorés en parallèle.
  2. Ouvrir plusieurs pistes par sous-ensemble. Toyota en cherche jusqu'à sept.
  3. Explorer chacune en petit : un essai, une maquette, un calcul, jamais un développement complet.
  4. Fixer d'avance les dates d'élimination, et écarter toute piste incompatible avec celles encore ouvertes ailleurs.
  5. Ranger chaque piste écartée sur une étagère, datée, avec la raison de son abandon.
  6. Ne figer la spécification qu'au dernier moment utile, et engager alors les moyens.
Ce qu'il faut avoir sous la main

Une salle dédiée où tout reste affiché, un budget d'exploration séparé du budget de réalisation, et quelqu'un qui répond du projet entier sans commander les équipes.

Le signe que ça a marché

Une piste écartée il y a deux ans ressort de l'étagère et devient la solution de la version suivante.

3

Les pièges de l'implémentationCe qui fait rater, et ce qu'on fait à la place

Au lancementOuvrir des pistes sans budget séparé

L'exploration se prend sur le temps de réalisation, et elle est la première sacrifiée.

Un budget d'exploration distinct, chiffré, qui ne se reporte pas sur la réalisation.

Au lancementDeux pistes dont une de complaisance

La deuxième existe pour la forme, personne n'y travaille, et on retombe sur un choix unique.

Au moins trois pistes réellement instruites, et un critère qui puisse éliminer la préférée.

PendantExplorer en grandeur réelle

Chaque piste coûte le prix d'un développement, et le surcoût rend la méthode indéfendable.

Une maquette, un calcul, un essai sur un cas. Chaque piste ne coûte qu'une petite fraction d'un développement.

PendantRepousser l'élimination

Les pistes restent ouvertes jusqu'à la fin, et le projet paie plusieurs fois la même chose.

Des dates d'élimination fixées au lancement, et tenues même quand le choix est inconfortable.

Dans la duréeJeter ce qui a été écarté

La version suivante repose les mêmes questions, et refait les mêmes essais.

Une étagère consultable, avec la date, le critère et la raison de l'abandon.

4

Un exempleCas type du tertiaire

L'objet

La conception des versions majeures d'un logiciel métier, chez un éditeur de 120 personnes.

Ce qui cloche

Plus d'un cinquième de l'effort de conception part en développements abandonnés.

Ce qu'ils regardaient avant

Le respect des jalons. Il était bon, et l'abandon tombait toujours après le dernier jalon franchi.

Les chiffres de départ

À relever avant de changer la méthode.

4 600jours-homme de conception par an 22 %des j-h perdus en abandons après engagement, soit 1 012 j-h 3versions majeures par an 520 €le jour-homme, coût complet
Ce qu'ils ont fait Aucun jalon supprimé. Trois pistes par sous-ensemble, un budget d'exploration séparé, et une étagère.
Le déclencheurUn module abandonné à deux semaines de la livraison, après huit mois de développement.
▶
Le gesteLe produit découpé en sous-ensembles, trois pistes en maquette sur chacun, et deux dates d'élimination fixées au lancement.
▶
Ce qu'ils ont vuLa piste retenue d'instinct au lancement tombait à la deuxième élimination sur deux sous-ensembles sur cinq.
▶
La décisionLa méthode étendue à toutes les versions majeures, et une étagère où chaque abandon est daté et motivé.
1 · DEUX FAÇONS DE CONVERGER, SUR LA MÊME DURÉE Par étapes un concept, des jalons J1 J2 J3 J4 abandon au 3e jalon : tout le travail est perdu Un seul concept porté jusqu'au bout. À chaque jalon, on continue ou on arrête tout. À ensembles plusieurs concepts mis en rayon mis en rayon mis en rayon mis en rayon retenu mis en rayon mis en rayon Sept pistes explorées en petit, éliminées une à une. La spécification se fige au dernier moment utile. Ce qui est éliminé n'est pas jeté : il attend sur une étagère, daté, avec la raison de son abandon. Même durée. L'effort passe en amont : un peu d'exploration contre moins d'abandons tardifs. Dans la première, un abandon tardif emporte tout. Dans la seconde, il ne coûte que la piste abandonnée. Toyota va jusqu'à sept façons de faire avant de trancher, y compris pour provoquer. 2 · CE QUI REND LA CONVERGENCE POSSIBLE La grande salle Obeya. Les murs portent tout ce qui concerne l'avancement : schémas, plans, affectations. On s'y réunit, on n'y rapporte pas. Le responsable sans autorité Il traduit les attentes du client en conception et répond du projet entier. Les équipes techniques ne lui sont pas rattachées. L'étagère Ce qui n'a pas été retenu y est rangé, daté, avec la raison. La version suivante commence par la relire. Les listes de contrôle Ce que l'on a appris s'y accumule d'une version à l'autre. Sans elles, chaque équipe réapprend seule. Tester d'abord, concevoir ensuite. Et l'intérêt du client est le travail des concepteurs, pas celui du marketing.

À gauche les deux façons de converger, sur la même durée, l'effort déplacé vers l'amont. À droite les quatre dispositifs sans lesquels la convergence n'a pas lieu.

Ce que ça vautUne fourchette, et d'où elle sort

Le nombre de versions ne change pas. L'effort passe en amont, dans l'exploration. Ce qui change est le moment de l'engagement, et donc le coût d'un abandon.

Ce qui est libéré 405 à 607 j-h / an
hypothèse : 40 à 60 % des 1 012 j-h perdus tombaient après un engagement qui pouvait attendre
En valeur 211 000 à 316 000 € / an jours-homme libérés × 520 €, coût complet
Ce que ça finance Jusqu'à 2 à 3 personnes dont une part paie le budget d'exploration lui-même
Le ratio qui change 22 % → 9 à 13 % des jours-homme perdus sur des abandons après engagement

L'exploration a un coût réel, à retrancher de ce gain : le chiffre ci-dessus est brut.