Série Flowlysis · Outils & principes · Fiche N° O-17

LE TRAVAIL STANDARD

La meilleure façon connue à ce jour, écrite par ceux qui font le travail et révisée dès qu'on en trouve une meilleure. Elle ne couvre que les quelques étapes qui décident du résultat.

Aussi appelétravail standardisé (standardized work), proche du mode opératoire ou de la SOP Se prépare enune demi-journée pour choisir les processus et les étapes Se fait en2 h par étape critique, au poste, avec ceux qui la tiennent Levier principalQualité (FTR) D'aprèsJ. Bicheno, The Lean Toolbox for Service Systems, 2008
flowlysis.
Ce que ça rapporte
Impact sur le TTM
Moyen
Impact sur la qualité (FTR)
Élevé
Impact sur l'Opex / Capex
Moyen
Ce que ça coûte
Coût d'implémentation
Faible
Difficulté d'implémentation
Moyen
Difficulté de maintien
Élevé
Faible Moyen Élevé N/A (sans objet)
1

Le problème auquel ça s'appliqueEt ce qu'il vous coûte chaque année

Ce que vous voyez déjà
  • Deux personnes font la même tâche de deux façons, et le résultat diffère.
  • Quand quelqu'un est absent, son travail attend son retour.
  • Le classeur de procédures existe, il date de trois ans, et personne ne l'ouvre.
Où part l'argent

Ce qui n'est écrit nulle part se réapprend à chaque arrivée et se perd à chaque départ. Entre les deux, chacun invente sa version, et les écarts se paient en reprises.

L'ordre de grandeur, à la louche

Comptez-le sur vos chiffres. Un ordre de grandeur suffit pour décider d'essayer.

Combien de fois / anoccurrences annuelles du processus retenu
×
Ce que ça coûte à chaque foistemps de reprise et de correction × coût horaire
×
Part qu'on éviteécarts des étapes critiques que le standard supprime (rarement tous)
=
Gain / anà écrire au crayon,
avant d'écrire quoi que ce soit
Quand ça ne sert à rien

Ça ne sert à rien sur un travail où chaque cas est différent. John Seddon va plus loin : la standardisation empêche le système d'absorber la variété. Il vise toute standardisation imposée face à une demande variée, et l'avertissement vaut d'être gardé à chaque étape qu'on écrit.

2

Comment ça marcheLa mécanique, en clair

L'idée en une phrase

On écrit la façon de faire des quelques étapes qui décident du résultat, et on la fait écrire par ceux qui les tiennent. Le reste du travail reste à leur main.

Les gestes, dans l'ordre
  1. Lister les processus récurrents de la zone, et n'en retenir qu'une dizaine.
  2. Dans chacun, repérer les étapes qui décident de la qualité du résultat. Souvent trois ou quatre sur quinze.
  3. Faire écrire ces étapes par ceux qui les tiennent, au poste, en deux heures.
  4. S'en tenir à ce qu'une personne nouvelle comprend en le lisant une fois.
  5. Dater le document, y porter un nom, et fixer la date de sa prochaine relecture.
  6. Supprimer tout standard qui fait revenir le demandeur une deuxième fois.
Ce qu'il faut avoir sous la main

Ceux qui tiennent le poste, deux heures par étape, et un endroit où le document sera visible depuis ce poste. Le classeur partagé ne suffit pas.

Le signe que ça a marché

Quelqu'un qui découvre le poste tient l'étape critique correctement dès la première fois, en lisant la fiche.

3

Les pièges de l'implémentationCe qui fait rater, et ce qu'on fait à la place

Au lancementÉcrire les standards depuis un bureau

Le document décrit un travail que personne ne reconnaît, et il reste dans le classeur.

Les faire écrire par ceux qui tiennent le poste, debout, sur place.

Au lancementVouloir tout couvrir

Cinquante procédures que personne ne peut ni lire ni retenir, donc aucune.

Dix processus, et trois ou quatre étapes critiques dans chacun.

PendantConfondre le standard et l'objectif

Un temps affiché devient une cible, et l'on obtient des comportements qui satisfont la mesure.

Un temps observé peut y figurer pour repérer les écarts, jamais comme cible.

PendantFiger le document

Une meilleure façon est trouvée, le standard ne bouge pas, et le travail s'en écarte en silence.

Une date de relecture inscrite dessus, et un nom qui en répond.

Dans la duréeGarder un standard qui fait revenir le demandeur

Le formulaire imposé oblige le client à rappeler, et la procédure fabrique du travail.

Le supprimer, sans discuter de ses mérites en général.

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Un exempleCas type du tertiaire

Le flux

La clôture comptable mensuelle d'un groupe de neuf entités, neuf personnes.

Ce qui cloche

Onze jours ouvrés pour clôturer, et un quart des écritures d'ajustement passées après la première remontée.

Ce qu'ils regardaient avant

Le respect de la date de clôture. Elle était tenue, au prix de deux soirées et d'ajustements passés ensuite.

Les chiffres de départ

À relever avant d'écrire.

108clôtures d'entité par an 3 200 hconsacrées à la clôture dans l'année 26 %d'écritures passées après la première remontée 68 €l'heure, coût complet
Ce qu'ils ont fait Aucun nouveau classeur. Quatre étapes écrites, par ceux qui les tiennent, en une journée.
Le déclencheurUn ajustement de fin de trimestre découvert par le commissaire, sur un écart intragroupe connu depuis deux mois.
▶
Le gesteLes quatorze étapes de la clôture posées au mur, puis les quatre qui produisent les ajustements entourées.
▶
Ce qu'ils ont vuChaque entité rapprochait à une date différente, et trois d'entre elles seulement après la fin du mois, sur le solde définitif.
▶
La décisionUne fiche par étape critique, écrite au poste, datée, avec une relecture fixée à six mois.
1 · LA DOUBLE RÈGLE DE PARETO On n'écrit pas tout, et dans ce qu'on écrit on ne couvre pas tout. D'ABORD : QUELS PROCESSUS 38 processus récurrents dans la zone, 10 en demandent un écrit. Les autres se passent de document, et les écrire tous revient à n'en avoir aucun. ENSUITE : QUELLES ÉTAPES, DANS L'UN D'EUX 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 14 étapes dans la clôture d'une entité, 4 décident du résultat. Ce sont elles qui produisent les écritures d'ajustement. Le reste se fait comme chacun l'entend. L'OBJECTION DE SEDDON, À GARDER EN TÊTE « La standardisation empêche le système d'absorber la variété. » Il vise toute standardisation imposée à une demande variée. D'où les deux filtres. 2 · À QUOI RESSEMBLE UN STANDARD DE SERVICE CLÔTURE MENSUELLE D'UNE ENTITÉ · ÉTAPE 7 Le rapprochement des comptes intragroupe 1 Pré-rapprocher à J-3 sur le solde du jour, confirmer sur celui du mois avant J+3. 2 Écrire l'écart en montant et en nature, dans la colonne prévue. 3 Au-delà de 5 000 €, appeler l'entité d'en face le jour même. 4 Ne rien passer en ajustement tant que l'écart n'est pas expliqué. Le reste de l'étape est laissé à celui qui la tient. Écrit par Sophie D., au poste, le 04.02 · relu le 04.08 · prochaine relecture 04.02 LA RÈGLE DE SUPPRESSION Tout standard qui fait revenir le demandeur une deuxième fois est supprimé, sans discussion sur ses mérites par ailleurs.

À gauche les deux filtres qui décident de ce qu'on écrit, à droite une fiche telle qu'elle se présente, avec son auteur, sa date et sa règle de suppression.

Ce que ça vautUne fourchette, et d'où elle sort

Ce qui change est le nombre d'écarts découverts après la première remontée.

Ce qui est libéré 410 à 665 h / an
hypothèse : 9,5 h de reprise par clôture d'entité, dont on évite 40 à 65 %
En valeur 28 000 à 45 000 € / an heures libérées × 68 € l'heure, coût complet
Ce que ça finance 4,5 à 7,5 jours par mois soit 55 à 89 jours par an consacrés à l'analyse plutôt qu'à la production du chiffre
Le ratio qui change 26 % → 9 à 16 % d'écritures passées après la première remontée

Rien n'est gagné sur les dix autres étapes de la clôture, qui restent à la main de chacun. Le gain vient des quatre étapes écrites, et il s'efface si la relecture semestrielle n'a pas lieu.