Série Flowlysis · Outils & principes · Fiche N° O-01

LE SERVICE BLUEPRINT

Une carte du service qui montre, l'une sous l'autre, ce que vit le client et tout ce qui se passe derrière, pour voir où il attend et pourquoi.

Niveau2 · le processus Se prépare en2 à 4 h Se fait en4 à 8 h, avec 6 à 8 personnes À refaireà chaque changement d'outil ou d'organisation Levier principalTTM D'aprèsG. L. Shostack (HBR, 1984) ; couches : Bitner, Ostrom et Morgan (2008) Voir aussifiches O-46 et O-50
flowlysis.
Ce que ça rapporte
Impact sur le TTM
Élevé
Impact sur la qualité (FTR)
Moyen
Impact sur l'Opex / Capex
Moyen
Ce que ça coûte
Coût d'implémentation
Faible
Difficulté d'implémentation
Moyen
Difficulté de maintien
Faible
Faible Moyen Élevé N/A (sans objet)
1

Le problème auquel ça s'appliqueEt ce qu'il vous coûte chaque année

Ce que vous voyez déjà
  • « Le dossier est chez l'autre service depuis lundi. » Personne ne sait qui l'a en main.
  • Chaque service dit qu'il traite vite. Le client, lui, attend trois semaines.
  • Dès qu'un dossier coince, il faut remonter au chef pour savoir qui doit faire quoi.
Où part l'argent

Le travail réel est court. Le délai vient de l'attente entre les mains. Pendant cette attente, quelqu'un relance et réexplique : ce travail-là n'est facturé à personne.

L'ordre de grandeur, à la louche

Comptez-le sur vos chiffres. Un ordre de grandeur suffit pour décider d'essayer.

Combien de fois / andossiers qui repartent en arrière ou qu'il faut relancer
×
Ce que ça coûte à chaque foistemps de relance et de réexplication × coût horaire chargé
×
Part qu'on évitece que vous visez une fois les allers-retours supprimés
=
Gain / anà écrire au crayon,
avant la séance
Quand ça ne sert à rien

Ça ne sert à rien si le client n'intervient nulle part dans le flux : sans ligne de visibilité, une carte de flux (fiche O-06) suffit.

2

Comment ça marcheLa mécanique, en clair

L'idée en une phrase

On dessine le service en bandes superposées : en haut ce que vit le client, en dessous ce que font les gens qu'il voit, plus bas ce que font ceux qu'il ne voit pas, tout en bas les systèmes. On lit de gauche à droite : le temps passe.

Les gestes, dans l'ordre
  1. Choisir un seul parcours, du premier contact du client jusqu'à la fin. Un service entier ne tient pas sur un mur.
  2. Coller en ligne, sur le mur, ce que fait le client, écrit avec ses mots à lui.
  3. Sous chaque étape, coller ce que fait la personne que le client voit ou entend.
  4. Tracer la ligne de visibilité. Dessous, coller ce qui se fait sans que le client le sache.
  5. Tout en bas, écrire les systèmes et les autres services qu'on appelle à chaque étape.
  6. Marquer d'une pastille chaque endroit où le dossier attend, et écrire combien de temps, les vingt derniers dossiers sous les yeux, dates comprises.
Ce qu'il faut avoir sous la main

Un mur de quatre mètres. Des papiers repositionnables. Six à huit personnes qui touchent le dossier au quotidien. Et les vingt derniers dossiers réels, avec leurs dates.

Le signe que ça a marché

À la fin, vous montrez du doigt l'endroit où le client attend le plus longtemps, et personne dans la salle ne conteste.

3

Les pièges de l'implémentationCe qui fait rater, et ce qu'on fait à la place

Au lancementDessiner le processus tel qu'il devrait être

Tout le monde approuve la carte, et elle ne ressemble à rien de ce qui se passe.

Partir de vingt dossiers réels, dates en main, et dessiner ce que ceux-là ont vécu.

Au lancementFaire la carte avec les responsables seuls

On obtient l'organigramme déguisé en processus, et les boucles disparaissent.

Mettre dans la salle ceux qui touchent le dossier ; les responsables écoutent, debout.

PendantDescendre au détail de chaque clic

La séance dure deux jours et la carte finit trop chargée pour être relue.

S'arrêter au niveau qu'un nouvel arrivant comprendrait ; creuser après, et seulement là où ça coince.

PendantOublier de tracer la ligne de visibilité

On produit une cartographie interne de plus, où le point de vue du client n'apparaît nulle part.

Tracer la ligne au mur avant de coller quoi que ce soit en dessous.

Dans la duréeÉcrire les temps d'attente au jugé

La séance se termine en débat sur les chiffres eux-mêmes.

N'écrire une durée que si elle vient d'une date lisible dans un dossier. Sinon, laisser vide et le dire.

4

Un exempleCas type du tertiaire

Le flux

Les factures fournisseurs, de leur arrivée par Peppol dans l'ERP jusqu'au paiement.

Ce qui cloche

Depuis Peppol, la facture arrive en quelques minutes et l'encodage a disparu. Le délai de paiement, lui, n'a pas bougé.

Ce qu'ils regardaient avant

Le nombre de factures encodées par personne. Peppol a supprimé ce geste, et personne n'a remplacé le compteur.

Les chiffres de départ

À relever avant la séance : tout le chiffrage en découle.

30 000factures par an 12 minde travail réel par facture, toutes mains confondues (6 000 h/an) 18 %repartent au moins une fois en arrière 45 €/hcoût horaire chargé
Ce qu'ils ont fait Ici, le client du flux, c'est le fournisseur : c'est lui qui attend.
Le déclencheurUn fournisseur applique des intérêts de retard sur une facture arrivée le jour de son émission.
▶
Le gesteUne demi-journée, huit personnes, un mur, et les quarante dernières factures avec leur horodatage Peppol.
▶
Ce qu'ils ont vuL'heure d'arrivée est horodatée. Toute l'attente est en interne : 3 jours avant le rapprochement, puis 11 jours avant la validation.
▶
Ce que personne n'avait vu venirL'imputation comptable, saisie à la main sur chaque facture. Personne ne l'avait citée en préparation.
▶
Les décisionsRapprochement et imputation dérivés de la commande, et validation groupée deux fois par semaine.
LE FOURNISSEUR CE QU'IL VOIT EN COULISSES LES SYSTÈMES LIGNE DE VISIBILITÉ Émet la facture Réseau Peppol Accusé réseau Intégrée à l'ERP * ERP Cherche la commande Envoie au valideur Met en paiement Banque Reçoit le paiement attente 3 j attente 11 j LE TEMPS travail réel : 12 min par facture

La carte telle qu'elle est sortie du mur. La taille des pastilles donne la durée de l'attente. * imputation comptable saisie à la main, repérée pendant la séance.

Ce que vaut la refonteUne fourchette, et d'où elle sort

Une refonte de ce flux fait baisser le temps administratif de 25 à 40 %. Tout le reste en découle.

Temps libéré 1 500 à 2 400 h / an
sur les 6 000 h consommées aujourd'hui
En euros 68 000 à 108 000 € / an heures libérées × 45 €
Capacité rendue +10 000 à +20 000 factures / an à effectif constant, le flux absorbe 40 000 à 50 000 factures
Coût moyen par facture 9 € → 5,40 à 6,75 € les reprises tombent de 18 % à 8 % environ

La baisse des reprises et l'imputation automatique produisent la fourchette. Le même gain se prend en heures ou en euros, une seule fois.